Jacques Foccart
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Né en 1913 à Ambrières, en Mayenne, Jacques Foccart, dont le père dirigeait une exploitation agricole en Guadeloupe, avait passé sa petite enfance aux Antilles, avant de rentrer à Laval pour y faire ses classes. Simple bachelier, son père étant mort quand il avait douze ans, il s’était lancé dans les affaires, d’abord dans l’exportation de voitures Renault, puis dans l’import-export avec les Antilles, un commerce qui allait lui assurer, toute sa vie, une précieuse indépendance financière.
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Sans avoir entendu parler de Charles de Gaulle, Jacques Foquart s’était engagé dans la résistance. En 1946, il rejoint le Général De Gaulle et participe à la création du RPF. Chargé de l’outre-mer, il avait organisé les deux grandes tournées africain es du Général en mars et octobre 1953; celles dont il dira plus tard qu’elles ont été « la borne à partir de laquelle l’Afrique a été quelque chose de très important ».
En 1961, lors du putsch des généraux d’Alger, c’est à Jacques Foccart que Charles de Gaulle confie ses instructions secrètes en cas de coup d’Etat et de « repli » du président de la République.
Le prix de sa discrétion absolue, l’homme le paye au soir de sa vie, surtout après le décès de sa femme Isabelle, en 1991. Ne faisant plus confiance à personne mais voulant, plus que jamais, se servir de tout le monde pour servir l’Etat, Foccart « cloisonne » en renfermant jalousement toute information, même la plus anodine, sans se rendre compte qu’il s’emprisonne de plus en plus dans la solitude, dans le dédale de l’introspection.
De nombreuses sollicitations le masquent longtemps, la première cohabitation, entre 1986 et 1988, puis l’arrivée à l’Elysée de Jacques Chirac, en mai 1995, le ramenant « aux affaires » qu’il aime tant. Peut-être cet homme secret n’a-t-il desserré le carcan de sa rigidité qu’en tête à tête avec les dirigeants africains, à travers eux et leurs frasques, pour lesquelles il a montré une indulgence et une patience d’autant plus grandes qu’il ne s’autorisait, lui, aucun écart.
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Pour continuer à tisser sa toile franco-africaine, dont il savait la trame effilochée, Jacques Foccart s’est fait gardien de son propre musée. Ne fréquentant plus l’Afrique lui-même, manquant de jambes et d’yeux, il s’est servi de missi dominici sans se rendre compte que ceux-là se servaient de lui. Au sens intéressé du terme, ils ont tiré profit de Jacques Foccart.
Le fait est que Jacques Foccart est redevenu la tête du Réseau lorsque celui-ci, en vérité, n’existait déjà plus. Déchiré en lambeaux, taillé en pièces par des rivalités personnelles, transofmé en circuit financier pour siphonner l’argent noir du continent, le Réseau s’était « privatisé », entièrement dépravé.
Vers la fin, Jacques Foccart éprouvait de plus en plus de difficultés à grimper l’escalier raide, mais c’est sous les combles de sa Villa Charlotte à Luzarches qu’il se sentait bien. « Ma case à fétiches », disait-il, sourire grimaçant aux lèvres, en poussant la porte au bout du petit couloir sombre, tapissé des portraits chaleureusement dédicacés de présidents africains. Assis derrière son bureau, le dos tourné à une grande carte de l’Afrique, il pouvait balayer d’un regard circulaire le temple de ses souvenirs. Insignes et honneurs de la Libération, petits drapeaux, plaques commémoratives d’unités parachutistes, lettres manuscrites de Charles De Gaulle et de Georges Pompidou, maquettes de navires et d’avions, masques africains et, surtout, bibelots et brimborions recelant des histoires qu’il se gardait bien de partager.
En regardant par la fenêtre, avec vue sur le grand parc boisé et l’allée gravillonnée, il pouvait se remémorer les enfants de tel ou tel chef d’Etat Africain, venus chercher des oeufs de Pâcques sous les buissons, la première réception donnée dans le pavillon construit sur l’insistance du président Pompidou, là où, auparavant, les hôtes avaient été abrités sous des tentes dressées, ou, encore, le jour où « l’imbécile Bokassa », tirant au pistolet, avait fait mouche sur la résidence du voisin…
Tout ce que le continent noir comptait de pères d’indépendance étaient passés ici pour le rencontrer. Le regard perdu dans le lointain, silencieux, Foccart aimait à réécouter leurs confessions.






